Le goût des Soupes de Belleville

Cette cantine improvisée sert chaque jour quelques 200 bols “gratuits pour toutes et tous”

Sous les fresques de la place Fréhel, au croisement de la rue de Belleville et de la rue Julien Lacroix, la terrasse hétéroclite de Culture Rapide Cabaret Populaire s’est transformée, depuis fin novembre, en soupe populaire pour tous.

Tous les jours, et au moins jusqu’à Noël, une nouvelle association, Les Soupes de Belleville, s’installe au milieu des structures en bois décorées de rubans et de tissus multicolores. Musique rap à fond, les bénévoles transportent du matériel depuis leur camp de base à Culture Rapide jusqu’à la place et installent une cuisine extérieure improvisée sur la terrasse éphémère du bar. 

L’opération a été lancée par Pilote Le Hot, propriétaire de Culture Rapide, slameur et fondateur du festival Grand Poetry Slam. Le deuxième confinement a brisé ses espoirs de faire un marché de Noël sur sa terrasse. « Je me suis dit que, vu qu’il n’y avait pas moyen de faire du business, ben on allait faire du gratuit » explique Pilote, qui vit dans le 20e depuis 28 ans et qui a acheté son bar il y a environ 13 ans pour accueillir des événements de slam et de poésie.

Collaboratant au début avec deux autres personnes, Pilote a créé l’association Les Soupes de Belleville, avec l’objectif de servir 300 bols de soupe faite maison chaque jour pendant six semaines, jusqu’à Noël. Il a lancé un appel aux dons et aux volontaires. Et il a rédigé une charte de 12 principes pour expliquer les valeurs de l’association : le don, le partage et l’inclusion.

Les bénévoles s’inscrivent sur le site web de l’association pour deux équipes de six personnes, soit de 10h30 à 15h, soit de 15h à 19h30. Romain a participé en tant que bénévole deux fois depuis qu’il a découvert l’initiative sur Facebook. Son chômage partiel lui a donné le temps d’aider les autres. « C’est une très bonne initiative qui vient du cœur, des gens qui veulent donner de leur temps, qui veulent donner de la joie pendant les vacances et le froid » dit Romain, qui apprécie de pouvoir partager un petit sourire, une rigolade ou une petite conversation avec des invités.

De midi à 18 heures, les invités font la queue dans le respect des distances sanitaires sous l’un des abris temporaires et attendent pour commander à leur choix du café ou du thé, des pâtisseries, du pain et des bols de soupe chaude, peut-être avec un peu de fromage râpé. Aujourd’hui, ils ont le choix entre une soupe de légumes aux brocolis, ou une soupe miso donnée par le restaurant japonais Asahi, situé en face.

Alors que certains bénévoles accueillent et servent les invités, d’autres lavent et coupent des légumes pour les soupes du lendemain. Les ingrédients sont collectés ici et là, et les recettes sont improvisées en fonction des arrivages. « Il y a une participation du quartier, une synergie collective qui est passionnante » dit Pilote, qui a aussi investi de son propre argent dans l’équipement, la décoration et la nourriture. Aujourd’hui, il a acheté à un primeur du marché plusieurs kilos de carottes à prix réduit. Cela complètera une caisse de feuilles de chou frisé et de brocolis invendus donnée par le Biocoop voisin, et un grand sac de baguettes de la veille récupéré dans une boulangerie. Pilote confie le pain à Monique, une bénévole, pour faire un pudding.

Consultante juridique à la retraite et habitante du quartier, Monique vient depuis deux semaines et prévoit de continuer « jusqu’à la fin ». « Tous les jours, je descends avec mon chariot et j’apporte les vêtements pour le vestiaire en libre service. Des gens déposent des vêtements et les gens qui en ont besoin se servent » explique-t-elle, en montrant un présentoir de manteaux et de pulls. Aujourd’hui, elle a mis de côté un manteau pour un jeune homme. « Il est toujours en t-shirt. Il dit qu’il n’a pas froid, mais voilà » dit-elle, ajoutant qu’elle est heureuse de faire des « choses concrètes » pendant sa retraite. 

Ezequiel, un artiste de cirque argentin qui travaille à Culture Rapide, est également content de participer à l’initiative, qui sert désormais environ 200 bols de soupe par jour. Mais il admet qu’il est choqué par le nombre de personnes dans le besoin. « Ça me donne envie de continuer. J’aime bien aider les gens. Ça m’aide aussi » dit-il, ajoutant : « Je ne connaissais pas trop le bénévolat. Je ne savais même pas faire de la soupe ! C’est une jolie expérience pour ma vie ». 

Selon Ezequiel et Pilote, l’initiative prend de l’ampleur. « Si les bénévoles sont motivés, on pourrait continuer », dit Pilote, ajoutant qu’il est prêt à poursuivre même une fois que les bars seront autorisés à rouvrir. « Ce serait pas mal de continuer le midi, par exemple » dit-il. « Plus on aura de bénévoles, plus on va être fluide, plus on pourrait travailler sur la décoration, sur la logistique pour que ça soit encore plus beau, pour que ça soit encore plus funky pour nos invités » s’enthousiasme-t-il.

Les Soupes de Belleville
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