Le goût des Repas Solidaires

Lancée lors du premier confinement, cette association, basée à La Flèche d’Or, fournit de l’aide alimentaire pour assurer « le plaisir dans l’assiette et la dignité pour tous »

Derrière la grille en fer et les lourdes portes de La Flèche d’Or, au 102 bis rue de Bagnolet, une musique de James Brown et des odeurs d’épices remplissent l’ancienne gare de Charonne devenue une salle de concert mythique. Le soleil d’hiver illumine la grande verrière qui couvre le mur du fond et donne sur les voies désaffectées de la Petite Ceinture. Éclairé par cette lumière douce, un groupe de bénévoles des Repas Solidaires bavarde tout en préparant des sablés sur des plaques de cuisson.

« On a fait trois recettes différentes : orange quatre épices, vanille et cannelle. On fait avec ce qu’on a. Ce sont des sablés à l’huile parce que nous avons beaucoup de farine mais plus de beurre. Hier, on a fait un dessert à la banane parce que l’on a toujours beaucoup de bananes », explique Marion, une bénévole. Aujourd’hui, elle est l’une des chefs référentes du jour, chargée de cuisiner quelques 125 repas pour les personnes dans le besoin. 

« C’est une approche différente de la cuisine. Je trouve que cela a un côté beaucoup plus gratifiant que quand je cuisine dans mon propre restaurant », souligne Ivan, un autre chef référent. En plus des sablés, Ivan, Marion et l’équipe de bénévoles ont aussi préparé une salade semoule-tomate accompagnée d’un coulis d’herbes, du riz sauté aux œufs, à l’oignon et à la graine d’aneth, un dal de lentilles, et des haricots beurre dans une sauce tomate-poivron.

« Chaque jour, c’est quelque chose de surprenant, qui a du goût, qui change, et qui est sain. Et ça c’est notre identité forte : le plaisir dans l’assiette et la dignité pour tous », déclare Marie, membre fondateur de l’association.

Les Repas Solidaires ont vu le jour au restaurant Le Quartier Rouge, 52 rue de Bagnolet, lors du premier confinement. Le restaurant étant fermé, le propriétaire Chérif a décidé de mettre sa cuisine à disposition et a fait appel à des bénévoles pour préparer des repas pour le personnel soignant et les personnes vulnérables. Les voisins et les commerçants ont répondu à son appel, en faisant don de nourriture et de produits d’hygiène, et en aidant à préparer puis distribuer les denrées et les repas. Ce groupe de voisins a décidé de continuer après la fin du confinement. Ils ont alors créé l’association Les Repas Solidaires, et se sont joints aux huit autres collectifs désignés pour réouvrir temporairement l’ancienne salle de concert La Flèche d’Or, de septembre 2020 à février 2021, comme « un lieu socio-culturel au service du quartier et des luttes sociales ».

Ce bâtiment était la gare de Charonne de 1862 à 1934, puis c’est devenu la salle de concert La Flèche d’Or de 1995 à 2016. Après quatre ans d’abandon, il a réouvert en septembre 2020 pour une occupation temporaire par neuf collectifs. « Ce lieu a une histoire forte dans le quartier », dit Marie.

Abandonnée en 2016, La Flèche d’Or avait été « occupée et squattée de manière assez régulière », explique Mathilde, une bénévole. « Quand on est arrivés en août, il y avait des trous partout, des oiseaux qui rentraient, des crottes de pigeon au mur, des gravats, des plafonds qui s’effondraient… Tout cela a été nettoyé, bricolé et remis en état par les collectifs et par des gens qui sont juste venus donner un coup de main », raconte-t-elle.

La Flèche d’Or a réouvert en septembre, et Les Repas Solidaires ont commencé à organiser des petits déjeuners solidaires le dimanche ouverts à tous et à prix libre. Mathilde se souvient que ces repas conviviaux permettaient aux gens de s’asseoir et de discuter avec d’autres personnes du quartier qu’ils ne rencontreraient pas forcément autrement.

À l’annonce du deuxième confinement, Les Repas Solidaires ont redoublé d’efforts. Grâce à quelques 200 bénévoles et à ses collectifs et associations partenaires – dont Les Petits Paniers, Le Club des Réglisses, les Brigades de Solidarité Populaire du 20e et La Banque Alimentaire d’Île de France – l’association a élargi sa collecte de produits alimentaires et d’hygiène et a préparé entre 125 et 160 repas chauds chaque jour, qui ont été distribués à emporter à La Flèche d’Or ou aux sans-abri par des maraudes. « Le niveau de solidarité du quartier n’est pas très étonnant, c’est un quartier hyper engagé », dit Marie.

Aujourd’hui, alors que le deuxième confinement a pris fin, et l’occupation des collectifs de La Flèche d’Or arrive à son terme, le programme de repas chauds a été réduit aux mercredis et dimanches. « Mener ce type d’action sans visibilité c’est compliqué » explique Marie. « Officiellement, l’occupation se termine fin février. Il a été question que la Mairie de Paris, qui soutient le projet, rachète La Flèche d’Or. On attend des réponses. On est dans une phase de réflexion sur comment on va pouvoir pérenniser ce lieu. Ce qui est certain, c’est que on a tous très envie que La Flèche d’Or continue. Je pense que beaucoup d’habitants aussi ». 

Ivan espère aussi que le projet va se poursuivre : « Je pense que l’intégration dans un quartier en passant par la nourriture ou dans une cantine populaire, c’est vachement plus facile pour approcher les gens. Un concert, ça va amener un certain style de personnes, mais finalement tout le monde mange. C’est plus facile de toucher des gens avec la bouffe ».

Les Repas Solidaires 
page Facebook

La Flèche d’Or
site web
page Facebook

102 bis rue de Bagnolet